nombre de fiches: 9 Littérature essentiellement non utilitariste -------------------------------------------------------------------------------- AUTEURS et TITRES: Karl Otto APEL Discussion et responsabilité (1988) Kenneth ARROW Social Choice and Individual Values (1963) Robert AXELROD The Evolution of Cooperation (1984) Ronald DWORKIN Taking Rights Seriously (1977) Friedrich HAYEK Law, Legislation, and Liberty (1976) Robert NOZICK Anarchy, State, and Utopia (1974) John RAWLS: A Theory of Justice (1971) Political Liberalism (1993) Amartya SEN On Ethics and Economics (1987) Robert SUGDEN Welfare, Resources, and Capabilities: A review of Inequality Reexamined by A. Sen (1993) Spontaneous Order (1989) Philippe VAN PARIJS Qu'est ce qu'une société juste? (1991) Refonder la solidarité (1997) Collectif (Mahieu & Rapoport ed.) Altruisme: analyses économiques (1998) -------------------------------------------------------------------------------- -------------------------------------------------------------------------------- Discussion et responsabilité: Tome 2 (sorti au Cerf en 1998) Apel appartient comme Habermas à la seconde ecole de Francfort. Il développe une éthique de la discussion. En matière intergénérationnelle, il fustige l'approche pessimiste de Jonas. Selon l'auteur, il n'est pas nécessaire d'utiliser l'heuristique de la peur pour faire émerger des normes de gestion. Les générations présentes grâce au processus de délibération peuvent se mettre d'accord sur des principes soucieux des générations suivantes. Son approche illustre ainsi que l'utilisation des notions kantiennes de raison et d'impératif catégorique reste possible. La responsabilité n'est donc pas nécessairement liée au rejet de l'idée du progrès, elle est plus intimement liée à la notion de justice qu'au principe de précaution. -------------------------------------------------------------------------------- Social Choice and Individual Values (traduit en français en 1974chez Calmann Lévy, puis Pergame sous le titre Choix collectifs et préférences individuelles ) L'auteur démontre l'impossibilité de définir l'intérêt général à partir des intérêts particuliers. Toute fonction de bien-être social ne peut émerger sans que des violations de préférences individuelles aient lieu. Ainsi, les mesures dites d'"intérêt général" ne respecte pas : _soit la règle d'indépendance (le classement social entre deux états x et y dépend exclusivement des classements individuels de ces deux états), _soit celle de non-dictature (aucun individu ne dicte ses préférences à la collectivité), _soit celle du principe de Pareto (si tous les individus classent x devant y alors la société doit en faire autant), _soit celle d'universalité du domaine (le domaine des préférences individuelles n'est pas restreint par celui qui agrège). Il redécouvre ce que deux siècles auparavant Borda et Condorcet avait établi: le paradoxe de la règle démocratique: ¤soient 3 individus Alain, Bernard et Claude, 3 situations possibles (acheter des pommes (x), acheter des poires (y), acheter des fraises (z), par exemple). Alain préfère x à y et y à z donc x à z Bernard préfère y à z et z à x donc y à x Claude préfère z à x et x à y donc z à y Une majorité préfère y à z, z à x donc la collectivité doit faire le même choix. Si celle-ci est rationnelle par transitivité elle préfère y à x OR une majorité préfère x à y. Impossible donc de classer socialement x, y et z !!! Toutefois, des décisions publiques peuvent émerger soit en violant les hypothèses, soit en adoptant une vision idéaliste de la volonté générale: celle de Rousseau et de Kant. (Chapitre VI) Tout au long de cet ouvrage, Arrow démontre le théorème d'impossibilité qui lui valut le Prix Nobel -------------------------------------------------------------------------------- The Evolution of Cooperation (traduit en français en 1992 dans la collection Odile Jacob sous le titre Comment réussir dans un mode d'égoïstes?) Ce livre est présenté comme aussi fondamental que le Prince de Machiavel. Il est destiné aux décideurs. Il leur permet de trouver la meilleure stratégie lorsqu'ils ont en face des individus guidés par leur propre intérêt. En partant de la situation de la matrice du dilemme du prisonnier, l'auteur montre dans quelles conditions la solution optimale pour les partenaires émerge. Le jeu est répété une multitude de fois. La stratégie la plus efficace est le donnant-donnant (ou Tit for tat). Au premier coup, il faut jouer coopératif, puis adopter le même comportement que l'autre à la séquence précédente. S'il a coopéré, on coopère. S'il a fait défection, par rétorsion au prochain coup il faudra aussi faire défection. Axelrod démontre grâce à la multiplication des interactions comment les relations de confiance s'instaurent. Les démonstrations utilisent la technique de la théorie évolutionniste des jeux empruntée à la biologie. Comprendre ce livre nécessite toutefois la connaissance des rudiments de cet instrument. -------------------------------------------------------------------------------- Taking Rights Seriously (traduit en français en 1995 dans la collection PUF sous le titre Prendre les droits sérieusement) Ce livre estdestiné à un public s'intéressant à laphilosophie du droit. Dworkin justifie une conception libérale de la justice. Par libéral, il faut comprendre que l'individu a des droits fondamentaux qu'aucune législation (utilitariste ou totalitaire) ne peut contester. L'autonomie du sujet est primordial. On trouvera une critique de la position originelle, critique plus formelle que fondamentale, dans la mesure où comme pour Rawls, l'idée de justice (liberté et égalité des chances) demeure le soc constitutif de toute législation libérale digne de ce nom. C'est à une véritable justice constitutionnelle fondée sur la théorie de Rawls, que Dworkin aspire. "Dans le sillage de Rawls, il cherche à tirer les conséquences de l'avénement d'une société auto-instituée, affranchie des tutelles de la tradition ou d'autorités extérieures à l'homme" -------------------------------------------------------------------------------- Law, legislation and liberty (traduit en français dans la collection Quadrige, Puf sous le titre Droit, législation et liberté) L'économiste rédige en trois tomes ses réflexions sur différents thèmes en optant constamment pour une vision ultra-libèrale du monde. Dans le Tome 1, "règles et ordres", il tente de montrer le lien entre l'évolutionnisme et le mécanisme du maché. La sélection naturelle, moteur de l'évolution, régirait en fait la dynamique du marché, la naissance et la disparition des entreprises. Les entrepreneurs les moins compétitifs sont destinés à disparaître. La loi du plus fort est le mécanisme essentiel selon Hayek. La législation doit protèger le bon fonctionnement de la sélection naturelle. Si l'évolutionnisme est lié à Darwin, ce dernier n'a jamais prétendu que la loi du plus fort s'appliquait aux sociétés humaines, au contraire, dans La descendance de l'homme, il montre que l'évolutionnisme séléctionne les sentiments humanistes et de justice. L'évolutionnisme Hayèkien a en fait pour origine la doctrine social-darwiniste de Spencer, que la sociobiologie a repris depuis les années 70. La justice sociale est étrangère, elle est un mirage pour un libèral. Hayek développe cette thèse dans le second tome. Bien qu'il déclare être d'accord avec la théorie de Rawls, Hayek dénonce les politiques de redistribution. La justice sociale n'a de sens que pour les seules doctrines socialistes. Le libéralisme doit laisser faire le marché. Ce dernier est un arbitre impartial. Si un entrepreneur se démene pour son affaire mais qu'il fait faillite, cela est dommageable pour lui mais il n'y a rien d'injuste. La sanction du marché est impartiale, en ce sens elle n'est ni juste, ni injuste. Si Hayek s'accorde avec Rawls, cela tient à l'approché procédurale que tous les deux développent. Le résultat ne les importe peu, seul le processus compte. Pour Hayek, la loi du marché prime, une fois encore, il prône le non-interventionnisme de l'Etat. Ce livre permet de comprendre l'ultra-libéralisme et ses conséquences en termes de politiques économiques et de droit. -------------------------------------------------------------------------------- A Theory of Justice (traduit en français en 1987 dans la collection Seuil sous le titre Théorie de la justice). Cet ouvrage marque un renouveau pour la philosophie politique, Van Parijs parle même "d'un avant et d'un après" Rawls. Influencées pendant prés de 150 ans par l'utilitarisme, la science politique et la science économique trouvent une voie nouvelle pour concilier les intérêts individuels e l'intérêt général. Dans cet ouvrage, comme dans l'ensemble de son oeuvre, réactualise la philosophie de Kant. Il emprunte de nombreux concepts (l'autonomie de l'individu, la notion d'impératif catégorique...) pour affirmer le constructivisme de sa doctrine. La théorie de la justice est une "doctrine du contrat". Il s'agit d'élaborer des principes de justice qui vont gouvernés "la société bien ordonnée". Rawls imagine une situation hypothétique ("position originale") où des individus rationnels et raisonnables vont se rencontrer pour définir des principes. Afin d'éviter toute intrusion de sentiments moraux et toute influence dogmatique, les individus sont sous "un voile d'ignorance": ils ignorent tout de leurs caractéristiques (sont-ils riches, pauvres, blanc, noir, vieux, jeune...? Ils ne le savent pas). Ils reconnaissent simplement la nécessité de coopérer car leur société n'est pas une société d'abondance. De cette réunion, deux principes sont unanimement plébiscités: celui d'égale liberté (les libertés fondamentales sont les mêmes pour tous), celui d'égalité des chances (tous les individus ont au départ les mêmes opportunités pour réaliser leur projet de vie). A ce second principe est relié le principe de différence: les inégalités socio-économiques sont acceptées si elles sont à l'avantage des plus défavorisés. Ce dernier principe est néanmoins subordonné à la réalisation des autres principes. Il y a une priorité lexicographique. La société est une coopération équitable entre les citoyens. L'Etat est à leur services, il leur apporte le plus de moyens possibles pour réaliser leur projet de vie. Rawls rénove le contrat social: chaque individu a intérêt à coopérer avec les autres. Le terme "doctrine du contrat" peut embarrasser, mais contrairement à l'utilitarisme, les principes ne s'immiscent pas dans la sphère privé des citoyens. Aucun jugement de valeur n'est fait sur leur projet de vie- exception faite des projets déraisonnables. La parution de cet ouvrage demeure l'acte fondateur du renouveau du contractualisme en Occident. Il a suscité des débats immédiatement après sa parution aux Etats-Unis. En Europe, il faudra attendre le début des années 80. Dans certaines disciplines (économie publique, économie de l'environnement, science politique...), c'est un ouvrage de référence. Depuis, Rawls a éclairci certains points obscurs sans modifier les axes fondamentaux de sa théorie. Le libéralisme économique, le droit des gens... sont les ouvrages où il consolide sa théorie de la justice. -------------------------------------------------------------------------------- Qu'est ce qu'une société juste? (1991, collection Seuil) Van Parijs passe en revue les différentes conceptions normatives qui ont influencées le choix social au XXème siècle et les confronte les unes aux autres. La doctrine dominante, l'utilitarisme, est dénoncée en raison du traitement secondaire des droits individuels. La liberté n'est en fait que subordonnée au principe de "maximisation du bien-être social". Bien qu'elle soit critiquée, elle demeure la théorie la plus utilisée dans les sciences économiques et politiques. Néanmoins, toute une littérature renouvelle le débat en éthique. L'approche de Rawls est une alternative intéressante à l'utilitarisme. C'est ce que montre l'auteur en désamorçant les unes après les autres les critiques utilitaristes, marxistes et libertariennes qui ont été faites depuis la publication de A Theory of Justice. La lecture que fait l'auteur de Rawls est "real libertrian", autrement dit, une société juste est celle qui offre aux individus le plus de libertés réelles. Tout au long des chapitres, Van Parijs construit cette vision. Vision qui est compatible avec une mesure qu'il tente de promouvoir: l'allocation universelle. Il s'agit de donner à chacun un revenu inconditionnel (sans aucune contrepartie) afin de préserver la dignité de tous. C'est une mesure de justice et non de charité. Cet ouvrage est plus qu'un simple survol des doctrines morales occidentales. Il constitue une introduction à la pratique de la philosophie politique. -------------------------------------------------------------------------------- Refonder la solidarité (1997, Cerf) L'auteur revient sur les origines de son approche libérale-réelle de la justice. Il l'étend ensuite aux questions intergénérationnelles. Pour le problème des retraites, il prône la constitution d'un fonds de pension PUBLIC alimenté par la génération du baby-boom. En effet, ces derniers ont bénéficié d'avantages non mérités, il ne s'agit donc pas de demander à leurs descendants de faire des efforts supérieurs aux leurs pour leur payer une retraite pleine. Pour la gestion des ressources naturelles, il demande que les générations présentes lèguent non pas un certain stock de ressources mais un potentiel productif équivalent. La génération suivante doit bénéficier au moins des mêmes capacités productives pour réaliser son projet de vie. Van PArijs n'oublie pas les problèmes que posent la substitution et les risques d'irréversibiltés de certains processus de production. Ma thèse est proche de la sienne bien que j'insiste davantage sur la notion de responsabilité. Face à l'incertitude forte, la génération présente doit tout mettre en oeuvre pour tenter d'assurer à ses descendants un potentiel productif équivalent. Telle est l'équité intergénérationnelle, selon moi. . -------------------------------------------------------------------------------- Altruisme: analyses économiques (1998, Economica) Cet ouvrage collectif montre comment l'atriums est traitée en sciences économiques. L'idée selon laquelle cette science ne se soucie que de l'homo oeconomicus, agent égocentrique et calculateur, est contrariée par l'existence de travaux sur les comportements dirigés vers l'autre. Il ne s'agit pas de faire ici la liste des contributions, cependant l'intérêt des auteurs portent aussi bien sur l'altruisme stratégique développé par Becker, que sur l'altruisme sacrificiel de Comte. Il existe plusieurs façons de considérer l'Autre. Par bienveillance (Becker), l'Autre est présent dans la fonction d'utilité, cette conception fait appel aux préférences subjectives. Par devoir, "les morts nous gouvernent" écrit Comte. Mais en définitive, ce sont vers les conceptions éthiques de Mill notamment que la plupart des auteurs convergent. L'altruisme rationnel conduit à se soucier de l'autre par justice, justice que le principe utilitariste porte aux nues. L'altruisme se manifeste dans les relations de don-contre don, c'est ainsi que la réciprocité est largement abordée dans cet ouvrage (par Kolm, notamment). Il est parfois à l'origine du développement de certaines communautés (minorités chinoises), mais aussi il peut générer une situation de dépendance économique (voir la situation des pays africains dépendants de l'aide des pays occidentaux). Cette publication est le fruit de quelques années de recherche au sein du C3ED et du CADRE, deux laboratoires universitaires français. Rédigé le 10 janvier 1999
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