LA MORT DE MARTIN BIDOURÉ, D'APRES UN JOURNAL D'EMIGRES Nous avons déjà parlé de la mort du malheureux Martin de Barjols le jour de la surprise d'Aups, mais nous en avions ajourné les détail, jusqu'au moment où des renseignements précis que nous refusait la réserve presque timorée des réfugiés français nous seraient parvenus des localités mêmes où s étaient passés les tristes événements que nous avons à raconter à nos lecteurs. Ces renseignements, nous les avons reçus et nous allons exposer les faits lugubres qu'ils nous ont appris Le brave et malheureux Martin fut rencontré sur la route d'Aups à Tourtour et près de la première de ces localités, par l'avant-garde du corps de troupe dirigé contre les insurgés. Surpris à un détour de la route, Martin qui était à cheval cherche vainement à s'échapper et fut pris avant même d'avoir pu tourner bride.. Amené devant M. le préfet Pastoureau qui était à quelque distance de là avec le gros de la troupe, Martin fut interrogé sur la route même par ce fonctionnaire sur les motifs qui le conduisaient d'.Aups à Tourtour. C'est pendant cet interrogatoire que Martin fut interrompu par une balle qui ne l'atteignit pas à là poitrine comme nous l'avions dit d'abord mais bien à la figure Cette balle sortait d'un des pistolets que Martin portait, que le préfet saisit et qu'il déchargea au même instant à bout portant sur Martin dont la figure était labourée et l'oreille emportée par le coup. Renversé de son cheval le pauvre Martin fut aussitôt frappé de plusieurs coups de sabre par les gendarmes et par un gentilhomme de la commune du Luc qui ne craignit pas de teindre son épée du sang d'un adversaire couché par terre sans armes et sans connaissances. Dépouillé des papiers qu'il pouvait avoir, le corps de la victime fut poussé du pied jusque dans je fossé de la route où il fut abandonné comme à la voirie ; ainsi à devenir la pâture du premier animal affame qui passerait par là. Mais la providence en avait décidé autrement elle voulut que la victime elle-même put protester contre l'assassinat dont elle avait été l'objet. Après avoir resté plusieurs heures dans la situation où l'avaient laissé ses meurtriers. Martin reprit connaissance et trouva dans son énergique nature la force nécessaire pour se traîner jusqu'à une ferme voisine, où il fut accueilli et reçut les premiers soins que son état réclamait. Aucune des blessures de la victime ne paraissait mortelle et son état ne s'aggravait pas il put même écrire ou faire écrire chez lui pour annoncer son prochain retour. mais le bruit s'étant répandu que tout individu qui donnerait asile à un insurgé serait puni comme l'insurgé lui-même les fermiers qui avaient recueilli Martin craignant de se compromettre se décidèrent à aller prendre conseil de M de la Baume propriétaire de la ferme qui leur dit qu'il se chargeait de le faire conduire à l'hôpital. En effet l'autorité d'Aups prévenue par M de la Baume s'empressa de faire arracher Martin à son lit de douleur le surlendemain de son arrivée à la ferme et de le faire traîner à l'hôpital. Mais là ne devait pas finir le drame si émouvant dont le brave Martin devait être victime et dès le lendemain de son entrée à l'hôpital il se vit de nouveau arraché de son lit et traîné à un nouveau supplice. On lui avait déjà annoncé qu'il était condamné à être fusillé et un ecclésiastique qu'il connaissait personnellement avait pu lui porter quelques paroles de consolation. Pendant le trajet de l'hôpital au cimetière, où l'exécution devait avoir lieu, Martin rencontra plusieurs personnes de sa connaissance et à toutes il fit les adieux les plus affectueux et les plus touchants en s'écriant avec l'accent de la satisfaction qu'il allait verser son sang pour la démocratie mais que la république ne périrait pas affirmant même que sa cause triompherait en France à l'heure même où il allait mourir pour elle. Chemin faisant il rencontra l'ecclésiastique qui l'avait déjà visité et il l'invita à l'assister dans ses derniers moments, ce qu'il s'empressa de faire. Arrivé sur le lieu du supplice, Martin se prépare à mourir en pardonnant à ses ennemis et se place avec une héroïque résignation au poste qui lui est assigné pour y recevoir la mort qui semblait ne pas vouloir de la victime et protester par sa lenteur à venir contre l'acharnement si empressé de ses bourreaux. En effet Martin tombe bientôt frappé de plusieurs balles mais il se releva aussitôt sur ses deux mains et s'écria : "Vous ne pouvez donc pas en finir, je ne suis pas mort; tuez-moi donc, malheureux." et à 1'instant un canon de fusil appliqué sur son oreille le délivre de tant de tortures mais il a encore la force de s'écrier avant de mourir "0h ! cette fois je suis bien mort, vous pouvez vous en aller ...... ! " et il tombe pour ne plus se relever. Nous n'ajouterons rien à l'éloquence de tant de sauvagerie. Echappé à un premier supplice le trop malheureux Martin devait en subir un second qui devait assurer son silence sur le premier épisode de ce double et horrible assassinat. Mais le ciel a voulu que Martin put raconter lui meure une partie de cette épouvantable histoire et que l'indignation publique complétât ce sombre et lugubre récit que l'atrocité des faits semble rendre incroyable. Les détails que nous venons de donner sur la mort de Martin sont si monstrueux qu'ils paraissaient impossibles. Pourtant ils sont attestés par des personne, de la localité très bien informées de tout ce qui s'est passé. Néanmoins tout en reproduisant ces détails qui courent les rues et qui sont dans toutes les bouches à Nice comme de l'autre côté du Var, nous devons prévenir les personnes intéressées à relever certains de ces faits qui ne leur paraîtraient pas d'une complète exactitude que nous tenons nos colonnes à leur disposition. C'est avec bonheur, nous le déclarons que nous insérerions les rectifications qui tendraient à donner à cette horrible affaire une couleur moins sombre. On a fait circuler dans le département du Var une souscription dont le montant est destiné à offrir une épée d'honneur à M. Pastoureau. Les souscripteurs se trompent c'est un pistolet qu'ils doivent voter à l'ex-préfet du Var. aujourd'hui préfet du Lot en commémoration expiatoire de l'assassinat de Martin. Article du 8 Juin l'Echo du Peuple N°7
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1851: LA MORT DE MARTIN BIDOURE
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