24/02/49 Dernièrement, il était question devant le général Changarnier des trois mots sacramentels de la République : Liberté, Égalité, Fraternité. " Messieurs les rouges, dit le général, entendent la Liberté à leur manière, nous les avons vus à l'oeuvre. Pour ce qui est de leur Égalité, ce n'est certes pas moi, commandant, qui la réclame, et quant à la Fraternité, je l'ai tellement en horreur que si j'avais un frère, je l'appellerais : mon cousin ! 11/05/49 " On s'attend à un effroyable mouvement, à une formidable levée de boucliers de la part des socialistes arrivés en masse de toutes les provinces ; on prend toutes les précautions possibles, mais on n'est pas le moins du monde rassuré sur l'issue de cet effroyable conflit. Les émeutiers veulent mettre le feu dans Paris entre onze heures et minuit, et profiter de la confusion, du tumulte et de la frayeur pour pénétrer dans les maisons et n'y plus épargner personne ; ce serait une vraie Saint-Barthélemy si le projet réussissait. 12/05/49. La conspiration qui devait éclater hier et dont on ne connaît encore ni l'étendue ni les détails, consistait à enlever le Président et les ministres, à les mettre à Vincennes et à proclamer la République démocratique et sociale. Jules Favre, Marrast, Ledru-Rollin, quelques autres membres de la Montagne et Cavaignac étaient à la tête de la conspiration. Ils voulaient faire voter par l'Assemblée nationale la mise en accusation des ministres, et croyaient rallier à leur proposition une grande majorité, niais le vote leur a été contraire et c'est ce qui a fait avorter le complot : vingt mille hommes, réunis sous le prétexte de défendre l'Assemblée nationale, devaient, tout au contraire, pendant la séance de nuit, enlever les ministres et le Président ; Changarnier y devait passer le premier. Les clubs les plus remuants étaient en permanence, celui des Droits de1'Homme tout armé devait donner le signal de l'insurrection et n'attendait que les ordres qui devaient lui parvenir de l'Assemblée nationale. On avait averti Rothschild de ces projets ; il avait fait enlever et emballer ses effets les plus précieux ; Mme de Rothschild et ses enfants étaient déjà en costume de voyage pour se mettre en route à la première alerte. 12/12/51 Paris est depuis quelques jours parfaitement tranquille, mais il y a eu d'horribles jacqueries dans les villes de province et dans quelques châteaux. Les royalistes du Midi sont principalement victimes du parti des rouges ; les paysans lie ce parti disent : <( En 93, nous avons tué les maîtres, leurs fils nous sont revenus et ont repris leurs châteaux, il faut donc tuer les femmes et les enfants, afin qu'ils ne puissent plus jamais revenir. " Les nouvelles des provinces sont tous les jours meilleures ; malheureusement on a eu de graves désordres à déplorer, des pillages, des viols, des assassinats, mais, excepté une seule région, tout le pays est pacifié maintenant. 24/12/51 " En route, il apprit les événements qui ont changé la face de la France, et, en même temps, le danger que son frère et sa belle-soeur ont couru, par suite de la jacquerie (2), dans leur château près d'Aulps. Il paraît que lime de Blacas a montré beaucoup de courage : elle a parlé à ces horribles gens, leur fit donner à boire et à manger ; ils menacèrent de revenir et emmenèrent deux chevaux. Pour le reste, ils n'ont fait aucun dégât, réservant probablement, pour leur retour, le pillage du château. liais le lendemain matin, les chevaux revinrent seuls, ou plutôt avec un cheval de gendarme : c'est par cet incident qu'on apprit que la bande des démocrates avait été battue et dispersée. 30/12/51 Pendant cette discussion, arriva Laubespin qui nous donna des détails sur toutes les horreurs qui se sont passées en province : dans les églises, on a commis toutes les profanations imaginables, brisé les tabernacles, répandu à terre les hosties ; on assure qu'il y a eu des enfants et des vieillards massacrés ; Laubespin, avec trois ou quatre domestiques armés de fusils de chasse, s'est défendu contre toute une bande de ces malfaiteurs et les dispersa, au grand bonheur de sa commune et de quelques autres qui auraient été pillées et brûlées sans la moindre opposition, tant on avait peur des rouges dans ce pays. RETOUR à la page précédente
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1851: EXTRAITS " de la révolution au coup d'état " d'Apponyi Rodolphe attaché d'ambassade " la palatine de Genève " publié par Ernest Daudet 1926 réimprimé en 1948
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